Face à la montée de l'homophobie décomplexée façon 2013, peut-on encore dire quelque chose d'intelligent sur les droits LGBT? Ce blog collaboratif a pour pour but de réunir des arguments en faveur du mariage pour tous et de l'ouverture de l'adoption aux c
Aujourd'hui, un ami certainement effrayé par mes soudaines ardeurs militantes, m'a demandé si je pensais qu'être contre le "mariage gay" (selon son expression), c'était forcément être facho, réac ou homophobe. Je pense que beaucoup se posent cette question, et c'est pourquoi je me suis dit qu'il pouvait être utile de partager ma réponse, à laquelle, je l'espère, vous ajouterez les vôtres.
Salut ****,
Intéressante question qui mérite un développement!
Pour "facho", hier encore je t'aurais répondu non, sans hésiter. Je t'aurais dit que ce n'était pas lié...et pourtant, aujourd'hui, en engageant la discussion avec ces soi-disant "messieurs tout le monde" contre le mariage pour tous, je t'avoue que je me suis fait bien peur! Les parallèles avec les "immigrés fainéants et profiteurs", "les musulmans envahisseurs" et autres “parasites étrangers” surgissent dans les conversations à la vitesse de l'éclair. Peut-être que pendant tout un après-midi, je suis systématiquement tombée sur les mauvaises personnes, pourtant courtoises et souriantes, mais tu avoueras que la coïncidence est troublante....Alors je ne me prononce pas, mais je ne peux m’empêcher de constater que ce raidissement de la tolérance et du respect des Français envers leurs concitoyens se développe simultanément dans des domaines variés, et contre des populations diverses, et je ne suis pas sûre que ce soit un hasard.
De même, un conseil, si tu veux continuer à croire que nous vivons dans un monde où l'homme et la femme tendent vers l'égalité, ne leur demande jamais ce qui se cache derrière les fameuses notions de "référents masculin et féminin"..on va te servir de la maman douce et docile et du papa chef de famille, autoritaire et travailleur à la pelle! Alors je l'avoue, pour "réac", ce soir, je me pose aussi des questions....
Pour homophobe, en revanche, je ne m'en pose plus: OUI, je pense qu'aujourd'hui, en 2012, être encore contre le mariage pour tous et l'homoparentalité, c'est homophobe!
Je m'explique:
pour le mariage tout d'abord: cette loi ne va strictement rien changer aux droits/devoirs/rituels de cérémonie des époux hétérosexuels, ni aux valeurs de respect, d'amour, etc... que sous-tend le mariage. Raconter aujourd'hui que le mariage n'a rien avoir avec l'amour et est purement destiné à la procréation, alors qu'on marie des couples stériles, des couples de retraités refaisant leur vie (avec la bénédiction émue de de tout le monde), qu'on ne demande PAS aux époux d'avoir un projet d'enfant, et que la loi protège tout autant les enfants de couples hétéros non mariés, c'est de la mauvaise foi caractérisée! Il suffit d'ailleurs de jeter un oeil aux nombreux romans, articles, pubs, séries, films, forums qui traitent du mariage: l'Amûr, l'amûr toujours l'amûr! Le mariage est aujourd'hui considéré comme le sommet de l'engagement...amoureux, et le moyen de se protéger l'un l'autre! Et c'est heureux! Qui serait nostalgique de l'époque où ce n'était qu'un moyen pour un homme d'asseoir son pouvoir sur sa femme, ou pour un père de céder sa fille par contrat?
Alors, oui vouloir "deux appellations", "deux termes distincts", “deux pseudo-équivalents” pour cette union, c'est homophobe! C'est comme vouloir deux écoles distinctes et deux baccalauréats pour les Noirs et les Blancs dans l'Amérique des années 60… mais attention sans racisme, hein! on y enseignera la même chose! Ca relève d'une peur de la contagion, de la dégradation, de la perte de valeur d'une institution par l’arrivée d’un Autre considéré comme inférieur, et forcément envahissant. Penser que ton mariage aura moins de valeur parce que deux hommes ou deux femmes pourront également y accéder, c'est intrinsèquement penser que leur relation vaut moins que la tienne, que leur engagement est moins fort. C'est homophobe.
Pour l'homoparentalité, la question est plus complexe, mais ma réponse reste la même. Je dirais qu'il y a vingt ans, c'était probablement légitime et non homophobe de se poser la question. Avoir une connaissance éclairée des théories de la psychanalyse n’est pas chose aisée, il y avait peu d'exemples visibles, peu d'études, peu d'infos sur le sujet, qui plus est difficilement accessibles avant l'avènement d'internet. Aujourd'hui la situation a changé: sept pays européens, neuf états américains et j'en oublie, ont rendu possible cette filiation nouvelle au cours des 15 dernières années, les gens qui ont grandi dans des foyers homos ne s'en cachent plus et témoignent, les études pullulent et attestent du bien être de ces enfants. 700 études au total sur les 30 dernières années, dont de nombreuses disponibles en ligne, pour confirmer que les gamins vont bien et que leurs parents maitrisent les rudiments de l’éducation, la plupart réalisées par des départements de recherche indépendants....Du côté des adversaires: une seule étude, effectuée par un homme religieux, et qui ne parle même pas des foyers homoparentaux mais "des enfants dont l'un des parents a eu une relation homo". De son propre aveu (lis l'article!), les-dits “enfants d’homos” sont en fait des enfants ayant pour la plupart grandi en foyer hétéro, puis connu un divorce, puis vécu dans un foyer monoparental et enfin ayant du affronter le coming-out de l'un de leur parents à une époque où on venait tout juste d'admettre que l'homosexualité n'était pas une maladie mentale. Ces adultes (qui ont un papa et une maman!) sont ensuite comparés sans précaution à des enfants ayant vécu dans leur famille biologique restée intacte, alors même que l'étude montre que les enfants de divorcés (hétéros), de foyers monoparentaux, etc...ont aussi plus de risques d'aller un peu moins bien. Oui, au cas où l’on n’aurait encore besoin qu’on nous le précise, les divorces ne se passent donc pas toujours dans la joie, la bonne humeur et le respect…et tous les parents célibataires ne sont pas de riches bourgeois à l’abri du besoin. Grande nouvelle! Alors disons le simplement: cette étude, quand bien même elle serait rigoureuse, est hors sujet!
Mon argument est donc le suivant: si à une époque, se poser la question de l'importance de l'altérité sexuelle pouvait paraître légitime, aujourd'hui, faire comme s'il n’y avait eu aucune avancée dans le domaine de la psychologie et des sciences sociales ni aucune évolution des mentalités après les révolutions féministes, et affirmer qu'elle est nécessaire (noter la distinction entre affirmation et interrogation..), c'est aussi refuser de voir la réponse fournie par le temps et par les exemples autour de nous. Aujourd'hui, affirmer la nécessité absolue d'"un papa et une maman", c'est refuser catégoriquement la réalité d'enfants d'homos heureux...parce qu'on aurait envie qu'ils aillent mal! C'est donc bien de l'homophobie!
Voilà,
J'espère avoir répondu à ta question!